LES NOCES DE BOIS

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Alors, on la vit descendre. 

A cinquante mètres de là, je ne distinguai qu’une fine silhouette un peu gracile, habillée d’un petit manteau vert foncé, d’une jupe grise, et la tête couverte d’un petit foulard vert lui aussi, d’où sortait une magnifique chevelure noire. L’Abbé sortit une valise, Elsa en tenait une autre, plus petite. Elle nous regardait arriver.  Sans que je susse l’expliquer, ou que je pusse y faire quoi que ce soit, mon cœur battait à tout rompre. Au fur et à mesure de notre approche, je la voyais mieux, doutant de ce m’offrait son image.  La représentation que je m’étais faite d’elle depuis une semaine s’était évanouie depuis l’instant même où elle était sortie du car. La première idée qui me vint à l’esprit, c’était qu’elle ressemblait à un de ces personnages féminins que l’on voit sur les tableaux dans les églises… Elle tournait de temps en temps la tête vers l’Abbé qui lui souriait. Dieu ! Qu’elle avait l’air belle… ! 

« Voilà Pierrot et Jeannot, dit l’Abbé. Pierre-Henri et Jean-René. Officiellement, ce seront tes cousins… Et voici Lucienne, ta tante…  Elsa avait salué de la tête, sans mot dire, un léger sourire un peu triste sur le visage. - … Je vous présente notre petite Elsa… J’avais juste prononcé un petit « bonjour » d’une voix un peu éraillée. Pierrot, lui, semblait plus à l’aise, et, un moment, j’ai bien cru qu’il allait l’embrasser sur les deux joues, ce qui m’aurait obligé à faire de même, et ce que Maman fit d’ailleurs spontanément. 

J’eus immédiatement un sentiment déplaisant. Le regard d’Elsa, de ses grands yeux gris vert, sembla à la fois lointain et hautain. Simultanément, je fus un peu gêné pour elle d’être l’objet de toutes nos observations, et je détournai délibérément le regard. (…)

Je la suivais, deux mètres à l’arrière sur sa gauche, mon frère à mes côtés. Elle avait le teint pâle, comme les madones de l’église. Le noir de ses longs cheveux tranchait d’autant plus sur un front large souligné par des sourcils fins et arqués. Avec ses vêtements couleur de forêt, ses yeux n’auraient pas pu être d’une autre teinte… Qu’ils étaient grands, ses yeux ! Qu’ils devaient être expressifs lorsqu’ils vous regardaient… ! Un nez franc et busqué dominait un visage aux joues creuses et lisses. Elsa ne devait pas connaître l’acné, ou alors pas encore. Le menton au contraire était un peu saillant, mais la bouche aux lèvres roses et plutôt charnues était courte, laissant sans doute place à des fossettes quand elle devait sourire… Mais savait-elle sourire vraiment ? Malgré le manteau on pouvait quand même deviner une silhouette de jeune fille déjà dotée de formes avantageuses… 

Je m’aperçus que Pierrot m’observait en train de la regarder. Il affichait une sorte de rictus, son air habituel à demi teinté de moquerie et d’interrogation. Il me fit un clin d’œil auquel je ne répondis pas. Oui, cette fille me bouleversait au-delà de tout ce que j’avais pu imaginer.  Je la trouvais immensément belle, mais jamais, – non, jamais ! – je ne lui dirai, ni à elle ni à personne d’autre. Le cœur et la tête chavirés, je ne savais déterminer si l’arrivée de cette fille était un cadeau du Ciel ou du Diable. 

Et, immédiatement, après un petit moment d’un obscur mélange d’admiration et de mépris, je me mis à la détester.

Publié dans : Extraits |le 27 août, 2007 |Pas de Commentaires »

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